- Portait de Franck -
Mentor/ Coach/ Tech Lead

Qui es-tu ?

D’aucuns diront que je suis un informaticien des Alpes, dopé à l’ultra-trail et au dénivelé positif. Je me décrirais plus volontiers comme un technico-créatif, avec un pied dans le code et l’autre dans le théâtre, sans pouvoir dire lequel des deux je prends le plus.

Je suis tombé dans la marmite des méthodes agiles en 2005 et je partage, depuis, ma passion et mon expérience avec les équipes que j’entraîne, ainsi qu’au fil des conférences auxquelles je participe.

Tantôt corrupteur de mot, tantôt perturbateur anti-doctrinien, j’aime les jeux qui questionnent et l’apprentissage perpétuel, mais toujours dans la bienveillance et mu par un inébranlable amour de l’humain.

Comment as-tu grandi dans la tech ?

En 1986 j’achetais CPC Magazine pour le jeu en BASIC dans les pages centrales. Je passais alors mes week-ends à taper des lignes de POKE sur mon 6128 pour faire tourner un casse-briques ou un clone rudimentaire de Pac Man.

En 1996, j’ai intégré l’ENSIEG l’année où ils ont remplacé Fortran par Java ; c’est donc sur ce langage que j’ai fait mes premières armes de développeur. Passionné par le web, j’ai rapidement complété mon expertise J2EE par de solides compétences en réseau, ainsi qu’en SEO. Un long passage chez Yahoo! m’a ensuite ouvert les chakras à l’écosystème PHP, notamment au framework Symfony. Je me suis, par ailleurs, familiarisé avec les architectures multi-tiers, généralement trois, ainsi que les principaux motifs d’interfaces graphiques.

En 2010, je suis co-fondateur et responsable technique d’une société d’édition logicielle qui fournit en mode SAAS des services de curation de contenus sur les principaux clouds du marché (AWS, Google, Azure).

J’ai piloté pendant plusieurs années une équipe Scrum dans le développement et le déploiement d’applications métier basées sur Angular ou Vue.js en front, Spring en back, et pas mal de JSON entre les deux.

Je suis aujourd’hui capitaine d’un Fab Lab qui explore les avancées technologiques récentes (AR, VR, IoT, …) pour prototyper – en mode Lean Startup – de nouvelles opportunités de valeurs pour les différents clients et services d’un groupe industriel.

Pourquoi ce choix de spécialisation technique ?

Peut-on dire que l’innovation est le pendant technologique de la créativité ? J’ai toujours eu instinctivement besoin, sans pour autant la rechercher expressément, de placer mon action dans une vision projective.

J’aime le frisson du tableau blanc, des démarrages de projet, des premières esquisses comme on engage ses skis au matin sur la neige encore vierge. J’éprouve une stimulation nonpareille à me confronter à la nouveauté, particulièrement lorsqu’il faut mettre en action l’imagination pour produire de l’idée, du concept, et surtout de l’originalité.

Sur le plan pro, que fais-tu dans les grandes lignes ?

Mon rôle de manager aujourd’hui – je préfère le terme de leader – se divise en plusieurs missions :

Quel rôle, quel type d’entreprise (taille, secteur,) et écosystème technique vises-tu ?

Je me sens dans mon élément dès lors qu’il est question de développement web, de services en ligne ou d’innovation technologique. J’ai eu l’occasion de me fondre dans des structures radicalement différentes, de la petite start-up en levée de fonds jusqu’au grand groupe international.

Aussi, je sais pouvoir trouver mes marques dans n’importe quelle configuration d’entreprise, à condition, cependant, qu’elle fonctionne sur la confiance plutôt que le contrôle, qu’elle valorise l’autonomie et la créativité plutôt que le conformisme servile, qu’elle fertilise le bien-être collectif plutôt que la compétition destructrice.

Je recherche un défi managérial et stratégique, avec en premier lieu la responsabilité d’une ou plusieurs équipes, complété le cas échéant d’une contribution technique (architecte) ou fonctionnelle (Product Owner, Scrum Master). 

Quelles sont tes contraintes personnelles/ géographiques ?

Grenoblois de souche avec – outre la Chartreuse – du sang de chamois dans les veines j’ai de la peine à me projeter longtemps éloigné des montagnes (Isère, Savoie, Hautes-Alpes).

En revanche, je suis plutôt à l’aise avec l’idée d’une activité partiellement, voire totalement, à distance. J’ai travaillé pendant 5 ans chez Yahoo!, 3 ans chez Schneider, 2 ans chez Persistent Systems, aussi, je suis habitué à gérer en anglais des collaborateurs disséminés sur tous les continents.

Qu’est-ce que l’on va détester chez toi après 90 jours d’intégration ? Et adorer ?

Comme beaucoup de profils un peu atypiques, je pense avoir les qualités de mes défauts : la créativité constante qui se manifeste jusque dans mes modes de communication peut parfois surprendre voire déranger certaines personnalités introverties et conventionnelles à l’extrême.

En général je fais en sorte de doser et d’adapter ma posture à ce que j’intuite du fonctionnement de mes interlocuteurs. Pour autant l’empathie n’est pas une science exacte et il arrive, rarement heureusement, que je sois surpris.

La plupart du temps, cependant, cette énergie créative est reçue comme une richesse, avec enthousiasme et plaisir par les gens qui travaillent avec moi. Que ce soit dans la communication écrite comme orale, la construction d’une identité propre à l’équipe ou au projet, l’organisation de jeux ou de temps forts collectifs, cette originalité de ton est génératrice d’adhésion, de motivation et de satisfaction générale.

Quelles seraient selon toi les critères d’une équipe technique idéale ?

Je crois en la magie de l’intelligence collective, cet état de grâce dans lequel un plus un fait trois, voire davantage.

Cette dynamique complexe est parfaitement décrite par Edgar Morin à travers son concept d’hologramme. Une équipe idéale, c’est donc d’abord un hologramme, dans lequel chaque développeur est dépositaire de l’ensemble des compétences techniques inhérentes au projet et incarne totalement les valeurs du groupe. Même si les expertises demeurent et que les gens ne sont jamais totalement interchangeables, j’aime atteindre ce niveau de maîtrise partagée où chacun peut intervenir sur n’importe quelle partie du code en fonction des priorités du backlog.

L’équipe idéale est donc avant tout solidaire, humble, en constante amélioration en apprenant de ses expériences ; il vaut mieux des développeurs modestes qui travaillent en confiance avec l’envie de grandir plutôt qu’une troupe de mercenaires excellents mais prisonniers d’un ego exacerbé.

Quelle est ta vision de la qualité logicielle et comme cela se traduit au quotidien ? (Veille, expérience projet, lectures, etc.)

Un logiciel de qualité, c’est avant tout un logiciel qui fonctionne et qui apporte la plus grande valeur possible. Il est important de rappeler que cette valeur s’apprécie principalement à travers les yeux de l’utilisateur final, d’où l’intérêt de l’impliquer très en amont, et tout au long du processus de réalisation, afin de livrer au plus près de ses attentes. La mise en œuvre d’une culture agile au sein de l’équipe, et plus globalement de l’organisation, est le premier gage de qualité logicielle.

Du point de vue technique, la qualité logicielle se mesure à l’aune de différents critères : faire les bons choix d’architecture, produire du bon code (et le faire relire), tester beaucoup, et livrer souvent. La littérature est abondante sur ces points, et les certitudes aussi diverses que les gourous qui les prêchent.

Pour autant les principes du « clean code » poussés par Uncle Bob semblent faire consensus : un code propre est facile à lire, à comprendre, à maintenir et à faire évoluer, y compris par toute autre personne que son auteur. Pour s’en assurer, la plupart des implémentations de Git permettent aujourd’hui de faire des « pull requests », à savoir valider sa contribution par ses pairs avant de l’intégrer au tronc commun. La systématisation et l’automatisation des tests devient également une norme, voire un prérequis méthodologique dans le cas du Test-Driven Development (TDD).

Je rajouterais enfin une dimension éthique qui peut se traduire par le recours à des solutions libres, ou par une réflexion sur les enjeux écoresponsables du code (GreenIT). Je recommande à ce sujet l’excellent manifeste de Frédéric Bordage « Ecoconception web : les 115 bonnes pratiques ».

Raconte-nous un projet passé qui te tient à cœur et que tu souhaites nous partager ?

En 2006 je travaillais chez Yahoo! et l’on m’a demandé d’animer une équipe pour reprendre en mains un tout nouveau site, lancé l’année précédente aux US sur la base d’un code inextricable en PHP développé à la va-vite par nos homologues Coréens. Le concept était assez basique. Des utilisateurs posent des questions à la communauté, sur n’importe quel sujet, auxquelles d’autres utilisateurs répondent. L’auteur choisit la contribution la plus éclairante à ses yeux qui est alors mise en valeur. Une dose de gaming vient dynamiser le système grâce à un mécanisme de points et de classements. Tout ça évidemment dans l’objectif de capter de nouveaux utilisateurs et de générer un volume considérable de contenu unique à référencer dans la long-tail de Google.

Victime de son succès, à une époque où les réseaux sociaux n’existaient quasiment pas, le site ne tarda pas à exploser en plein vol, saturé de toute part par des milliers de connexions simultanées et réunissant à peu près tous les anti-patterns de la montée en charge. La réaction de Sunnyvale n’a pas tardé – un soupçon coercitive – et il a fallu proposer un moyen de sortir rapidement de cette crise. J’enfermai donc (au sens le plus littéral du terme) l’équipe dans une war room avec pour consigne de n’en sortir qu’une fois l’application intégralement refondue. À grand renfort de pizzas livrées sur place, nous avons en deux semaines tracé les contours d’une nouvelle architecture robuste et pérenne.

Les moyens pour lui donner vie sont arrivés rapidement dans la foulée, en premier lieu desquels des renforts humains. L’effectif de l’équipe fut porté à plus de trente personnes, réparties entre Londres, Grenoble et Bangalore. Londres prit en charge la partie front, récrite sur la base du framework Symfony. Grenoble se chargea de la logique métier en back, opérée par des web-services REST, ainsi que des queues de messages asynchrones pour temporiser les opérations coûteuses. Bangalore enfin centralisa la gestion des données à travers une architecture performante et redondante. Pour ma part, je mis en place un Scrum of Scrums bi-hebdomadaire pour coordonner les backlogs de chaque équipe en regard du projet global.

L’aventure Yahoo! Answers était lancée.

Quel projet t’a traumatisé et pourquoi ?

Si le terme de traumatisme est un peu fort, je me souviens pour autant d’un projet que je qualifierais volontiers d’éprouvant, pour ne pas dire pénible. J’intervenais comme prestataire chez un équipementier électrique de dimension internationale qui venait d’initier une ambitieuse refonte de son catalogue en ligne. Le processus en vigueur dans le groupe était totalement séquentiel, avec un certain nombre de jalons – des « stage gates » dans la sémantique interne – supposés entériner l’exhaustivité de la documentation à chaque étape.

Lorsque la phase de codage a débuté tout était déjà gravé dans le marbre : cahier des charges fonctionnel, maquettes graphiques, intégration avec le système d’information, et même… les délais de réalisation puisque la date de lancement était déjà inscrite au calendrier du Comité Exécutif. Tout cela évidemment sans jamais avoir été soumis au regard d’un utilisateur final, ni reçu l’avis d’un seul développeur.

La conséquence fut sans surprise. Il fallut près de deux ans d’agonie permanente pour sortir de l’ornière un produit mal pensé, largement sous-estimé, qui ne cessait de s’enliser davantage chaque fois qu’une fonctionnalité était soumise à la critique des collaborateurs sur le terrain. Bien sûr, en de telles circonstances, la faute incombe automatiquement aux équipes informatiques dont l’incurie chronique n’a d’égale que l’incompétence, sans parler d’une fâcheuse tendance à se plaindre, voire dramatiser à l’extrême un tout petit stress de rien du tout…
J’étais déjà, bien avant cet épisode, acquis à la cause des méthodes agiles, mais je me suis promis de ne plus jamais mettre le doigt dans un tel engrenage.

De quoi es-tu le plus fier ?

Du tac au tac j’ai envie de répondre Néo, mon fils, qui fêtera sa première bougie en septembre. Je pense également au fait d’avoir bouclé l’UT4M (169km, 11000m de dénivelé positif). Je suis parfois fier du travail accompli lorsque je termine une conférence devant 500 personnes qui applaudissent à tout rompre debout. Mais, en réfléchissant bien, je perçois surtout toutes ces petites fiertés du quotidien, notamment ce sourire qui illumine le visage des membres de mon équipe le matin parce qu’ils sont simplement contents d’être là, et de vivre ensemble chaque nouveau défi.

De quel code es-tu particulièrement fier, et pourquoi ?

À l’occasion du lancement d’un site media en 2011, j’ai conçu une plateforme de recommandations destinée à rapprocher les lecteurs des sujets correspondant le plus à leurs centres d’intérêt. Ces derniers étaient intuités et constamment ajustés au fur et à mesure de la consultation d’articles, ou de la publication de commentaires, grâce à une constellation de mots-clefs pondérés attachée à chaque utilisateur.

Pour cela, j’ai imaginé une notion de distance sémantique et développé un algorithme permettant d’en faire le calcul simplement.
Je me suis régalé dans la réalisation de ce projet car d’une part la dimension conceptuelle faisait jeu égal avec la technique ce qui opérait sur moi une stimulation extrême, d’autre part l’enjeu de performance était tel qu’il fallait déployer des trésors d’ingéniosité pour trouver sans cesse de nouvelles optimisations. J’ai pu laisser libre court à ma créativité, non sans une certaine exaltation je le confesse.

Quelles sont tes sources d’inspiration au quotidien ?

Je lis beaucoup et je puise dans cette activité une nourriture de l’imaginaire sans cesse renouvelée. Il m’arrive également d’écrire, mais pas autant que je le souhaiterais, surtout depuis la naissance de mon fils à qui je consacre désormais une large partie de mon temps libre.

La montagne est enfin pour moi une source vitale d’énergie et de projection. Non seulement l’effort physique intense constitue un exutoire salutaire dans un contexte où les tracas peuvent parfois prendre le pas, mais les longues heures passées seul face à l’immensité absolue, au confluent brut de l’aérien et du minéral, ouvrent une porte privilégiée sur la réflexion, le mûrissement, la mise en perspective.

Quel est le meilleur conseil que l’on t’a donné et pourquoi ?

À force d’écumer les événements agiles à travers la France j’ai croisé beaucoup de coachs et vu bon nombre de conférences, mais il en est une qui résonne encore de façon très particulière en moi. Il s’agit de « ce que je regarde se développe » de Stéphane Bigeard. En substance le message est que plus l’on passe de temps concentré sur un sujet, plus on le nourrit, plus on lui donne de l’importance. Dans ces conditions, la tendance naturelle à focaliser son attention sur les points négatifs, les peurs, les risques, finit par être contre-productive et provoquer la situation que l’on cherchait à éviter. On appelle cela une prophétie autoréalisatrice.

À l’inverse, se concentrer sur ce qui fonctionne, valoriser ce qui est positif, s’appuyer sur ses points forts permet d’enclencher une spirale bénéfique, un état de grâce dans lequel tout devient possible. Au-delà d’un remarquable récital d’optimisme Stéphane Bigeard m’a donné à entendre une leçon de vie, un mantra énergisant que j’essaye – c’est loin d’être facile tous les jours ! – d’appliquer dans chaque moment partagé avec mon équipe.

Un mot pour ta future équipe ?

« Être homme, c’est précisément être responsable. C’est connaître  la  honte  en  face  d’une  misère  qui ne semblait pas dépendre de soi. C’est être fier d’une victoire que les  camarades  ont  remportée. C’est sentir, en  posant  sa  pierre, que l’on contribue à bâtir le monde. »

Antoine de Saint-Exupéry, Terre des hommes

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